Prime à la casse: payer moins cher sa voiture peut relancer l’économie?

prime-a-la-casseAfin d'atténuer la crise sur le secteur automobile et sur les pauvres consommateurs que nous sommes, le gouvernement Sarkozy/Fillon avait décidé de relancer la prime à la casse, plus de 10 ans après la prime à la casse "Juppé". Les premiers chiffres globaux sont loin d'être satisfaisants. La chute de la production industrielle est restée forte début 2009. Au premier trimestre, elle s’est même accentuée à -7.2% en rythme trimestriel, après -6.8% au quatrième trimestre 2008. Sur un an, la production industrielle diminuait ainsi de -15.8% au premier trimestre 2009 puis de -18.8% en avril, ce qui n’avait plus été observé depuis mai 1968. Pourtant les chiffres de création d'entreprise semblaient être de bonne augure. Cette remontée des créations d’entreprises doit être interprétée avec prudence puisqu’elle s’explique par la mise en place du statut d’auto-entrepreneur. Selon le Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme et des Services, 120 000 autoentrepreneurs ont créé une entreprise au premier trimestre. Or, seuls 10 000 d’entre eux ont déclaré un chiffre d’affaires trimestriel aux Urssaf au premier trimestre. Les statistiques de créations d’entreprises ne reflètent donc pas une création réelle d’activité.

Une baisse continue des achats de voiture

Néanmoins les premiers chiffres montrent que la chute de la production automobile s’est atténuée mais est restée très importante à -11.7% au premier trimestre 2009, après -31.2% le trimestre précédent. La baisse des exportations et des achats automobiles par les entreprises est restée forte. Cependant, les variations de stocks ont moins pénalisé la production et la consommation des ménages est repartie à la hausse avec la prime à la casse. Les achats d’automobiles resteraient soutenus par la prime à la casse au second semestre 2009.

La Prime à la casse favorise les petites voitures

Toutefois, cette mesure favorise les achats de petits véhicules, essentiellement produits hors de France : au premier trimestre 2009, les véhicules de gamme économique et inférieure représentaient 56.7% des immatriculations, contre 50.4% au premier trimestre 2008 et 44.7% en 2007.

Historique des différentes primes à la casse

La mesure de prime à la casse ne permettra pas de dynamiser la production automobile française Les exemples précédents des mesures de prime à la casse mises en œuvre en 1994 et en 1995 montrent que ce dispositif a bien un impact positif sur les immatriculations automobiles pendant sa période d’application. Toutefois, les immatriculations reculent fortement après la mesure. La dernière mesure de prime à la casse mise en oeuvre en septembre 1995 a entraîné une augmentation des immatriculations de +33% par rapport à la moyenne des immatriculations en 1993. Mais lorsque cette mesure a pris fin en octobre 1996, les immatriculations d’automobiles ont alors reculé de -31%. De plus, l’impact sur la production automobile pourrait être faible, les constructeurs automobiles ayant appris des expériences passées :

La prime à la casse sous Balladur

Pendant la « baladurette », de février 1994 à juin 1995, la reprise des immatriculations automobiles a accru l’optimisme des producteurs automobiles : la croissance mensuelle des immatriculations automobiles, qui était de +3.5% par mois en moyenne contre -2.1% par mois en moyenne entre janvier 1993 et janvier 1994, avait tiré les perspectives d’activité à la hausse, de -35 en moyenne entre janvier 1993 et janvier 1994 à +14 en moyenne entre février 1994 et juin 1995. La remontée des immatriculations avait aussi conduit les constructeurs automobiles à juger leurs stocks moins lourds et à accroître leur production : entre le premier trimestre 1994 et le deuxième trimestre 1995, la production automobile a augmenté de +3.3% par trimestre en moyenne contre -3.2% par trimestre en moyenne en 1993 ; la contribution des stocks à la croissance trimestrielle de la production automobile était nulle, contre -0.4 point de % en moyenne en 1993.

La prime à la casse sous Juppé

Pendant la « jupette », de septembre 1995 à septembre 1996, les immatriculations automobiles ont augmenté de +5.2% par mois en moyenne, donc plus fortement encore que pendant la « baladurette ». Toutefois, les perspectives d’activité dans l’automobile n’ont pas retrouvé le niveau observé pendant la « baladurette ». Du fait d’une remontée moins importante de leur optimisme, les constructeurs automobiles n’ont pas autant accru leur production que pendant la « baladurette ». La contribution des stocks à la croissance de la production automobile a donc été négative : -2.5 points de % par trimestre en moyenne.

Prime à la casse Fillon

La mise en place de la prime à la casse automobile en décembre 2008 a bien eu un impact positif sur les immatriculations automobiles : depuis le mois de décembre 2008, leur hausse moyenne est de +3.6% par mois, contre -2.0% par mois en moyenne entre janvier 2008 et novembre 2008. La prime à la casse devrait donc soutenir les immatriculations automobiles en 2009, notamment au dernier trimestre, avant la fin de la mesure. Néanmoins, la descente en gamme qui accompagne cette mesure réduira son impact sur la consommation des ménages. De plus, les perspectives d’activité restent faibles . Elles sont certes remontées en juin mais malgré tout, leur tendance est comparable à celle de 1995 et non celle de 1994. Comme en 1995, les producteurs automobiles devraient donc accroître légèrement leur production pour répondre au surplus de demande. Toutefois, ils devraient aussi profiter de ce surplus de demande pour réduire leurs stocks et les maintenir à bas niveau, notamment à la fin de la mesure, ce qui réduira l’impact positif de la prime à la casse sur la production automobile.

La prime à la casse: une mesure limitée

La prime à la casse ne permettrait donc pas de relancer significativement la production automobile. Les expériences passées montrent qu’en raison du repli attendu des immatriculations après la mesure, les constructeurs réduisent leurs stocks plutôt que d’accroître leur production. Par ailleurs, les exportations automobiles seraient légèrement soutenues par la reprise des immatriculations en zone euro, permise par les mesures de prime à la casse mises en place en Allemagne et en Italie puis au Royaume-Uni et en Espagne. Mais pour les mêmes raisons, l’impact de ces mesures sur la production automobile française serait restreint.

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