Le coût de la crise financière: impacts économiques et politiques
Quel sera le coût final de la crise financière ? Nous ne parlons pas des milliards de livres sterling ou des milliers de milliards de dollars dépensés à la reconstruction du système financier mondial. Ces chiffres atteignent aujourd'hui de tels sommets qu'en y réfléchissant, tout le monde en reste coi.De plus, les plans d'achat et de garantie d'actifs lancés par les gouvernements peuvent ne pas être si onéreux à long terme : les actifs achetés ou assurés ne s'avéreront pas tous toxiques et une reprise de l'activité économique laisserait probablement les gouvernements et les contribuables ne souffrir que de faibles pertes. En fait, avec un peu de chance, ils peuvent même gagner de l'argent avec la crise.Qu'en est-il des coûts économiques et politiques susceptible de naître du changement dans l'ordre économique mondial. En revenant en arrière dans les années 1990, quand personne n'avait entendu parler de subprimes et que le communisme était en train de disparaître, certains étaient même assez courageux pour déclarer la fin de l'histoire.Et pourtant, dès que le capitalisme du marché libre a semblé s'être laissé dominé, il a perdu ses chances. Voilà où nous en sommes, quelques années plus tard, avec des hommes et femmes politiques de tous bords réclamant qu'il "faut faire quelque chose". Mais quoi ? Et pouvons-nous être certains que des pansages rapides ne nous laisserons pas avoir à faire face à des problèmes à plus longue échéance ?Les résultats du G20 de Londres
Les dirigeants mondiaux se seront extirpés du centre Excel de l'est de Londres. Les communiqués ont offert des lieux communs : les avantages d'un coup de fouet coordonné, le besoin de meilleures réglementation et supervision transfrontalières et, ostensiblement, le désir d'éviter le protectionnisme. Faire des déclarations est néanmoins chose aisée. La réalité est plus inquiétante. Prenons le coup de fouet coordonné. Il y a déjà un sentiment de rupture de la coordination.Les commentaires de Mervyn King au Treasury Select Committee la semaine dernière ont souligné les tensions entre la Banque d'Angleterre et le gouvernement en ce qui concerne l'assouplissement quantitatif - trop d'emprunts publics laisserait la Banque inquiète quant à l'argent qu'elle doit imprimer pour conserver les rendements des emprunts d'Etat relativement bas. La Banque centrale européenne ne sait pas trop comment se réinventer dans un monde où les barrières entre les politiques monétaires et budgétaires s'affaissent lentement.Et personne ne sait combien les gouvernements peuvent emprunter avant d'être forcés de quémander chapeau bas auprès du FMI ou d'envisager finalement ne pas pouvoir rembourser leurs créanciers.Revoir l'indépendance des banques centrales?
Ces débats difficiles sont peu surprenants. Nous avons passé 20 ans à arguer en faveur de l'indépendance des banques centrales et en alertant sur les horreurs liées au recours à la planche à billets. Nous avons abandonné ces idées. La raison économique est censée - l'assouplissement quantitatif est une tentative d'évitement du système bancaire en vue d'obtenir des crédits là où il en faut. Mais cela génère des coûts.Si, par exemple, les banques centrales achètent des montants toujours plus importants d'actifs du secteur privé, elles auront une influence croissante sur le coût du capital. Le marché aura, en conséquence, une influence moindre.Parallèlement, le système prévisionniste du marché pour indiquer l'inflation subira inévitablement des dysfonctionnement si la banque centrale achète des emprunts d'Etat, empêchant ainsi les rendements de grimper en réponse aux craintes inflationnistes.La relance Keynésienne pour sortir de la crise?
Dans le même temps, l'enthousiasme pour la relance budgétaire keynésienne se dissipe au vu des déficits budgétaires affreusement conséquents, qu'ils soient ou non financés par le biais d'achats par les banques centrales d'emprunts d'Etat.C'est très bien de voir que plus ou moins chaque gouvernement dans le monde emprunte plus, mais où sont les créanciers ? Si la baisse avait été relativement faible, un plan budgétaire contre-cyclique aurait peut-être bien fonctionné.Nous vivons pourtant sur la planète une implosion de la demande sur une échelle encore jamais vue depuis les années 30. Avec l'effondrement des niveaux de PIB nominaux, les gouvernements manquent de recettes fiscales et ont trop de dettes. Pour les gouvernements incapables de convaincre les marchés de la cohérence de leurs plans budgétaires, la dévaluation et la défaillance menacent, comme cela s'est produit dans les années 30.Certains pays, plus particulièrement dans l'Europe émergente, n'ont pas de marge de manoeuvre budgétaire et peuvent se retrouver face à un effondrement économique et budgétaire. Que peuvent et que devraient faire les nations du G20 pour limiter ces crises émergentes ?La réponse évidente est de renforcer le FMI. Gordon Brown et d'autres sont en faveur d'un fonds de 100 milliards USD pour soutenir le crédit commercial. Parallèlement, la Chine et d'autres espèrent augmenter leurs droits à la parole au FMI - les économies émergentes sont ridiculement sous-représentées dans le FMI alors que certains des plus petits pays européens exercent toujours de l'influence malgré leur poids économique lilliputien.Les banques prêtent moins aux entreprises mais aussi aux économies émergentes
Il existe pourtant une incohérence évidente entre les grands espoirs associés au G20 et les décisions politiques prises par les nations à titre individuel. L'effondrement catastrophique des prêts bancaires en faveur des économies émergentes ces derniers mois reflète les demandes placées sur les banques occidentales par leurs nouveaux agents payeurs gouvernementaux.Les gouvernements doivent justifier auprès des contribuables pourquoi les institutions coupables reçoivent tant d'argent : la façon évidente d'y répondre est de garantir que les banques prêtent à l'échelle intérieure plutôt qu'autrement.De nombreuses économies émergentes ont cependant de très petits systèmes bancaires intérieurs et dépendent fortement des prêts offerts par les banques occidentales. Les rentrées bancaires brutes dans le monde émergeant ont grimpé d'environ 300 milliards USD depuis le début de la décennie.Nombre de ces rentrées se sont asséchées au cours des derniers mois, freinées par ce qui peut être décrit comme le nouveau nationalisme financier. Pendant ce temps, alors que les économies occidentales cherchent à protéger leur industrie automobile en déclin, que se passe-t-il dans les usines automobiles du monde émergent qui, à l'inverse de leurs homologues d'Europe de l'Ouest, ne peuvent facilement bénéficier d'aides gouvernementales car les finances de leur gouvernement sont trop affaiblies ?Des mesures nationalistes qui mettent en péril l'ordre mondial
Le problème sous-jacent est simple. Les politiques conçues pour renflouer le système bancaire mondial a inévitablement un parti pris nationaliste. Elles peuvent fonctionner pour les pays individuels mais menacent involontairement l'ordre financier mondial. Les rencontres du G20 peuvent faire une partie du chemin pour résoudre cette énigme mais, avec les gouvernements relevant des électeurs, il n'y a pas de garantie. Les manifestations de samedi contre le G20 à Londres ont défilé sous les banderoles 'emplois, justice et climat'.Les tentatives des puissances occidentales de protéger les emplois nationaux peuvent néanmoins s'avérer être une injustice majeure pour les pays dans d'autres parties du globe qui, ces dernières années, ont considérablement augmenté leur dépendance au financement octroyés par les banques occidentales.A lire aussi :
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