Crise financière de Dubaï
Une certaine sérénité était de mise sur les marchés ces derniers mois : l’économie mondiale pansait ses plaies et le système financier se redressait. L’annonce, mercredi par Dubaï, d’une demande de moratoire sur la dette de DubaïWorld – la principale société publique de l’émirat – a créé une onde de choc, les marchés l’interprétant comme un véritable défaut. Les Bourses ont alors vacillé et les CDS, une mesure de marché du risque crédit, ont flambé. Ces réactions sont-elles justifiées ? Le monde est-il à nouveau exposé à un risque systémique ? Pour Jean-Louis Mourrier, économiste auprès de la société Aurel BGC, ces réactions sont exagérées. « Il n’y a aucun risque systémique », affirme l’expert. Tout d’abord, les montants en jeu sont modérés. La dette concernée atteint seulement 59 milliards de dollars, ce qui est beaucoup rapporté au poids économique de l’émirat mais peu par rapport aux engagements des banques (lire ci-dessous). Surtout, Dubaï peut compter sur le soutien de son voisin Abu Dhabi, richement doté en pétrole (8% des réserves mondiales). Son fonds souverain pèserait près de 875 milliards de dollars ! Enfin, le Fonds monétaire international (FMI) interviendra en dernier ressort. Le FMI dispose aujourd’hui d’une ligne de crédit quasi-illimitée ! Le problème est que cet incident se produit à peine un an après la faillite de Lehman Brothers et la banqueroute de l’Islande. Les marchés n’ont pas la mémoire courte, les marchés obligataires pourraient en pâtir. Prévisibles, les soucis de l’émirat, qui a misé tout son développement pharaonique sur l’hôtellerie de luxe et les infrastructures, n’annulent pas certaines interrogations. Le sauvetage de Dubaï par ses voisins incitera- t-il les pays exportateurs de pétrole à être encore moins conciliants sur le prix de l’or noir ou au contraire seront-ils incités à accroître leur production ?Risque d'une nouvelle crise bancaire ?
La défaillance de Dubaï semble en première analyse avoir un impact direct limité sur les bilans des banques françaises (tableau ci-contre). La plus exposée, BNP Paribas, l’est à hauteur de 1,1 milliard d’euros (20% du bénéfice net attendu cette année), mais cela sur l’ensemble des Emirats arabes unis, dont Dubaï représente 30% du PIB. Des effets de contagion en chaîne ne peuvent cependant être exclus. Pour autant, les péripéties de Dubaï ne doivent surtout pas masquer la petite musique de fond du retour des craintes à l’égard du secteur bancaire jouée, notamment en Europe, tout au long de la semaine. Le président de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet, avait estimé lundi qu’il était « prématuré d’annoncer la fin de la crise financière », tandis que le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, annonçait que les banques n’avaient pour le moment déprécié dans leurs comptes que la moitié des actifs à risque. Les établissements américains auraient déprécié 60% des actifs illiquides, contre 40% pour les européens. En septembre, le FMI estimait encore le total de ces actifs à 1.500 milliards de dollars. En Allemagne, la Bundesbank estime que les seules banques allemandes pourraient encore réduire de 90 milliards d’euros la valeur de leurs actifs en 2010.Des années de dépréciations et de provisions
Mardi, le directeur général du gestionnaire d’actifs BlackRock, qui est devenu une référence en termes de valorisation des produits financiers illiquides, a estimé dans Les Echos que les banques européennes auront à enregistrer des dépréciations et provisions pendant encore « plusieurs années » avec un pic en 2012 pour les défauts de paiement concernant l’immobilier. Les banques françaises se distingueraient cependant par leur prudence. L’agence de notation financière Standard&Poor’s va dans le même sens, estimant le coût du risque (les provisions pour créances douteuses et litigieuses) à 180milliards d’euros dans les 50 plus grandes banques européennes. Et, selon elle, le taux de provisionnement commencerait à baisser à partir de 2011. Les nouvelles du « terrain » confirment la persistance de risques. Aux Etats-Unis, les faillites de petites banques ont continué, mais plus à cause des conséquences de la crise économique que des subprimes, avec notamment l’exemple le plus spectaculaire de CIT Group, grand spécialiste du crédit aux PME. La baisse des capitaux propres induit naturellement des opérations de recapitalisation qui diluent les actionnaires et justifient les chutes des titres concernés. Parmi les opérations récentes en Europe, on notera cette semaine l’appel au marché géant de Lloyds Banking Group en Grande-Bretagne (13,5milliards de livres, un montant record en Grande-Bretagne), celui d’ING Groep (7,5 milliards d’euros) et le projet de Commerzbank. Sans oublier les querelles autour d’Hypo Alpe Adria (6e banque autrichienne) ou l’accord pour le sauvetage de la WestLB en Allemagne.A lire aussi :
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