Aide au marché immobilier: La Fed achète des bons du trésor!

Face à la poursuite de la récession et au risque de déflation la Fed annonce qu’elle procèdera désormais à des achats de Treasuries et augmentera son soutien au marché immobilier.

Le communiqué publié à l’issue de la réunion de ce mercredi 18 mars a clairement montré que la Fed restait très inquiète des perspectives de croissance américaine. En effet, elle y met tout d’abord en avant le fait que la contraction de l’activité se poursuit. Une telle contraction s’explique à ses yeux par les effets négatifs des destructions d’emploi, de la baisse des marchés action et de celle de la valeur du patrimoine immobilier des ménages sur le sentiment et les dépenses de ces derniers (la Fed ne semble donc pas croire que la meilleure orientation des ventes au détail dans les deux derniers mois annonce une reprise de la consommation).Elle souligne également que, face à des perspectives de ventes dégradées et au resserrement du crédit, les entreprises réduisent leurs stocks et leurs investissements. En outre, elle cite la forte baisse des exportations résultant du contexte de récession mondiale synchronisée. Au total, la Fed estime donc que les perspectives d’activité à court terme restent faibles même si, dans le même temps, elle juge que l’ensemble des actions mises en place par elle et le Trésor devrait contribuer à un retour graduel de la croissance vers son potentiel.Si, relativement à son dernier communiqué, celui du 28 janvier, la Fed ne fait plus état d’un affaiblissement supplémentaire de l’économie américaine ni de l’existence de risques baissiers sur son scénario croissance, on doit noter qu’elle ne s’engage plus sur le moment de la reprise (en janvier, elle estimait qu’elle devrait intervenir « plus tard dans l’année 2009 »), ce qui vient démontrer que ses inquiétudes sur la croissance demeurent fortes.En conséquence, la Fed continue de mettre en avant le risque de déflation qui pèse sur l’économie américaine. Si elle ne mentionne plus la baisse du prix des matières premières, elle répète que l’inflation restera basse du fait de l’accroissement des capacités de production inutilisées aux Etats-Unis comme dans le reste du monde.Surtout, elle continue d’insister sur le risque que l’inflation demeure sous des niveaux appropriés pour soutenir la croissance et la stabilité des prix à long terme. Face à un tel risque, la Fed a répété qu’elle « emploiera tous les moyens disponibles afin de soutenir une reprise de l’économie et préserver la stabilité des prix ». Mais elle a cette fois joint les actes à la parole : ?Si, sans surprise, elle a maintenu sa cible de taux Fed funds de 0.00% à 0.25%, elle déclare en revanche désormais qu’il restera à un niveau exceptionnellement bas pendant une période « prolongée » (contre « un certain temps » dans les précédents communiqués), ce qui est peut-être un signe supplémentaire de son incertitude quant à une reprise dès 2009.Par ailleurs, un tel signal de sa volonté de mener pendant plus longtemps encore une politique de taux zéro vise probablement également à contribuer à maintenir les rendements Treasuries à un bas niveau. ?Mais cette volonté de la Fed de peser sur les rendements Treasuries apparaît encore plus évidente avec l’annonce historique qu’elle procèdera désormais à des achats de Treasuries pour un montant de 300Mds$. Ainsi, dès la fin de la semaine prochaine, la Fed de New York mènera des enchères compétitives afin d’acquérir des Treasuries d’une maturité restante comprise entre deux et dix ans. Ses achats porteront à la fois sur des Treasuries classiques et sur ceux indexés sur l’inflation et, au-delà, de la semaine prochaine, des enchères seront menées deux à trois fois par semaine (le Fed de New York publiera l’ensemble des modalités de ce programme d’achats en début de semaine prochaine). La Fed précise que ces achats de Treasuries ont pour but l’amélioration des conditions sur le marché du crédit privé. Elle a donc estimé que cette modalité d’intervention (plutôt que la création d’une nouvelle facilité de prêt) était la plus rapide à mettre en place afin de faire baisser les rendements corporate. Mais une telle précision vise sans doute aussi à écarter les critiques quant à une monétisation de la dette publique.?Mais la Fed a également annoncé un très fort renforcement de son soutien au marché immobilier américain. En effet, elle augmentera ses achats de MBS garantis par Fannie Mae et Freddie Mac de 750Mds$ pour porter leur montant total à 1.25 trillion de dollars. Elle double en plus ses achats de titres de dette de ces deux agences pour les porter à 200Mds$. En plus d’agir directement sur les rendements Treasuries, la Fed entend donc permettre une réduction supplémentaire de l’écart qui prévaut entre ces rendements et les taux hypothécaires. Une telle volonté vise clairement à offrir aux ménages les conditions d’un refinancement les plus favorables possibles alors même que l’Administration Obama agit, elle, pour accroître l’accessibilité du refinancement.Enfin, on doit noter que la Fed a confirmé que, à terme, les collatéraux acceptés dans le cadre de sa Term Asset-Backed Securities Loan Facility (TALF) seront étendus au-delà des titres adossés à des crédits à la consommation et aux petites entreprises. Elle reprend en cela son communiqué du 3 mars où elle déclarait que, après la première opération dans le cadre du TALF, le 25 mars, les ABS adossés à des crédits hypothécaires pour de l’immobilier résidentiel et commercial mais aussi des CDO et des CLO devraient être acceptés comme collatéral. Au total, le renforcement de l’activisme de la Fed (décidé à l’unanimité) se traduira par une expansion supplémentaire marquée de son bilan. D’ores et déjà, avec le TALF, dont le montant total est fixé à 1 trillion de dollars et la participation de la Fed au plan du Trésor américain afin de retirer du bilan des banques les actifs toxiques qui pourrait atteindre un montant similaire, HSBC Economics envisageait que le bilan de la Fed se porte à près de 4 trillions de dollars. Désormais, il pourrait atteindre jusqu’à 5 trillions de dollars contre 1.9 trillion actuellement et 900Mds$ avant la faillite de Lehman Brothers.Le bilan de la Fed représenterait alors 36% du PIB nominal américain (contre 6% en temps normal), soit un niveau encore plus élevé que ce que l’on avait observé avec la BoJ au Japon entre 1998 et 2005 au plus fort de sa politique monétaire quantitative (son bilan avait alors atteint jusqu’à 30% du PIB).

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